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Connaissez-vous Stonne ? Situé au sud de Sedan, dans le département des Ardennes, cette localité a été en 1940 le théâtre de combats acharnés. Ce petit village composé d’une douzaine de fermes fut attaqué avec détermination par les Allemands et farouchement défendu par les Français. On peut même considérer qu'il s'agit d'une victoire tactique de l’Armée française.

Cela s’explique par la situation géographique du village qui en fit un rapidement enjeu stratégique important. Le village est situé à trois cents trente-cinq mètres d’altitude en bordure d’un plateau dominant la plaine de Sedan. C’est à partir de là que pouvait partir une contre-offensive française destinée à prendre de flanc les divisions blindées allemandes et couvrir l’aile gauche de la ligne Maginot. Pour les Allemands, un emplacement comme Stonne permettait d’assurer confortablement les arrières de leurs forces offensives.

Du 14 au 25 mai 1940, la Wehrmacht a dû, pour s’emparer de Stonne, engager des moyens très importants (90.000 hommes et 300 chars), tandis que les Français ont pu le défendre avec des forces bien inférieures (42.500 hommes et 130 chars). C’est entre le 15 et le 17 mai que les combats ont été les plus rudes et la décision la plus indécise. Le village est alors tombé aux mains des Allemands, puis repris par les Français et changea ainsi de mains dix-sept fois au cours de ces trois jours. Sans entrer dans les détails des opérations militaires qui eurent lieu tant à Stonne que dans plusieurs villages environnants, on retiendra deux épisodes significatifs de l’âpreté des combats.

Le 16 mai, le capitaine Billotte du 41e Bataillon de chars de combat (BCC) pénètre dans Stonne avec son char B1 bis et traverse la place du village. De l’autre côté arrive une colonne de panzers allemands. Un obus perforant étant déjà prêt dans le canon, Billotte ordonne le tir et fait mouche sur le Panzer IV en tête du convoi, immobilisant la colonne allemande. Il tire alors sur les autres chars alignés. L’un après l’autre, 13 blindés allemands sont mis hors de combat. Au cours de la canonnade, le char B1 bis de Billotte reçoit 140 impacts issus des tirs adverses, mais le blindage du char français résiste. C’était d’ailleurs le point fort de ce type de char. Son blindage très épais le mettait à l’abri des tirs de l’ennemi. En revanche, le B1 bis était moins véloce et avait une autonomie moindre que les blindés allemands. En outre, les panzers pouvaient tous communiquer par radio, tandis que les Français n’en avaient équipé que les chars des chefs de section.

Le lendemain, le 17 mai en fin d’après-midi, une section de trois char B1 bis du 49e BCC entre dans Stonne. L’un d’eux, baptisé « Riquewihr », est conduit par le lieutenant Domecq. Il se trouve face à face avec une colonne de fantassins allemands qui tente de se protéger dans une portion de fossé le long de la route. Les Allemands ouvrent le feu sur le char français. Celui-ci poursuit sa route et neutralise les tirs en écrasant les occupants du fossé sous ses chenilles. Arrivé dans le village, les défenseurs allemands rompent le combat, pris de panique à la vue des chenilles couvertes de sang.

Au soir du 18 mai, 57 carcasses de chars jonchaient le village et ses alentours. La bataille de Stonne est une importante victoire tactique française, car pendant douze jours, dix divisions d’infanterie de la Wehrmacht et deux Panzerdivisions y ont été tenues en échec et stoppées net dans leur progression vers l’ouest. C’est sur ordre que les troupes françaises de Stonne abandonnèrent le village aux Allemands. La retraite fut dictée par l’état-major qui tenait à maintenir une ligne de front cohérente afin d’opposer une meilleure défense contre les envahisseurs. La ligne Maginot, dont l’extrémité ouest du dispositif était constituée par le secteur fortifié de Montmédy, a pu être efficacement protégée.

Le front de Stonne s'étirait sur une vingtaine de kilomètres et les combats y durèrent douze jours. Dans les deux camps les pertes furent nombreuses : du côté français on perdit 7.500 soldats tandis que les Allemands eurent 26.500 soldats hors de combat. Ces chiffres englobent à la fois les blessés, les tués et les disparus. Stonne fut la première grande bataille de blindés de la campagne de France. Pour tenter d’y emporter la décision, les Allemands durent concentrer à Stonne des forces importantes qui, partant, n’étaient plus disponibles pour renforcer leur avancée dans d’autres secteurs.

Entièrement détruit par les combats de 1940, le village a été reconstruit après la guerre et ne compte plus aujourd’hui qu’une quarantaine d’habitants. L’église a été reconstruite et inaugurée en 1960. Chose a priori peu commune pour un lieu culte, on trouve devant l’entrée un canon antichar français. Un char B1 bis est disposé en monument de l’autre côté de la place. Un mémorial rappelle le déroulement des combat et les nombreuses unités qui y prirent part. A l’est du village, on trouve un AMX-13, plus moderne. Enfin, un itinéraire balisé permet actuellement de parcourir le champ de bataille.




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UNITÉS FRANÇAISES AYANT PARTICIPÉ AUX COMBATS DE STONNE ET AUX ENVIRONS :

3 DIM : 6 GRDI - 51 RI - 67 RI - 91 RI - 42 RAD - 242 RALD - PAD 3 - GSD 3 / 3 DCR : 16 BCP - 41 BCC - 42 BCC - 45 BCC Gie - 49 BCC - 319 RAD - GSD 133 / 1 BC : 1RH - 2 RCC - 14 GRCA - 93 GRDI - 4 BCLM - 7 BCL - 10 BCC - X CA - 12 GRCA - 6 RSA - 4 RSM - 64 GRDI / 2 DLC : 2 RAM - 3 RDP - 5 RC - 18 RCC - 73 RA - GSD 48 / 6 DIC : 5 RICMS - 6 RICMS - 43 RIC - 76 GRDI - 23 RAC - 223 RALC - PAD 76 - GSD 76 / 6 DI : 36 RI - 74 RI - 119 RI - 13 GRDI - 43 RAD - 243 RALD / 35 DI : 11 RI - 21 RMVE - 123 RI - 14 RAD - 214 RALD - GSD 6 / CAC : 22 GRAC.