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La base de Linton-on-Ouse, dans le Yorkshire, a été ouverte le 13 mai 1937 pour accueillir l’Etat-Major du 4 Group de la Royal Air Force. L’officier commandant la base à cette époque est un certain Air Commodore Arthur Harris, qui plus tard sera nommé à la tête du Bomber Command avec le grade de Air Marshal. C’est lui qui durant la Seconde Guerre mondiale dirigera les bombardements stratégiques nocturnes menés par la RAF sur l’industrie et les villes allemandes. Dès 1940, la base est le point de départ de bombardements vers la Hollande, l’Allemagne et même l’Italie. En 1942, elle est devenue une importante plate-forme dont les unités sont spécialisées dans les missions de bombardement et seront impliquées dans les premiers raids de grande ampleur contre Cologne et Brème réunissant plus de mille avions.

Nous sommes le 6 mai 1942. La nuit est tombée depuis plusieurs heures sur la base aérienne. Pourtant l’activité y est fébrile. Il y a un raid programmé ce soir et les mécaniciens ont préparé et bichonné les avions. Les armuriers ont fait le plein de munitions pour toutes les mitrailleuses et arrimé les bombes dans les soutes des bombardiers. Ce soir l’objectif des Halifax du 35 Squadron de la Royal Air Force est Stuttgart. A 22h12, c’est au tour du Halifax II portant le numéro de série W1050 et codé TL-F de quitter la piste. Pesamment, l’avion chargé de bombes et de carburant roule, puis s’élève dans la nuit. Le pilote rentre le train d'atterrissage, prend son cap et s’enfonce dans la nuit.

L’avion participe à un raid contre Stuttgart visant à détruire les usines Bosch et la ville. La force de frappe est composée de nonante-sept bombardiers dont cinquante-cinq Wellington, quinze Stirling, dix Hampden, dix Lancaster et sept Halifax. C’est la troisième nuit consécutive que la RAF attaque Stuttgart. Pour la troisième fois aussi, la mission se soldera par un échec. De la brume dense et traînant au sol empêchera l’identification précise des cibles. Des feux allumés au sol pour induire les équipages britanniques en erreur auront permis d’épargner la ville. Les bombes sont principalement tombées dans les bois à l’ouest de la ville et sur la localité de Heilbronn, à une quarantaine de kilomètres au nord de Stuttgart.

Lorsque l’aube arrive enfin, le personnel de Liton-on-Ouse guette le retour de ses avions. Ils reviennent en ordre dispersé. Selon les dommages subis, le carburant restant ou les écarts de navigation. Puis le silence revient sur la plaine. Tous les moteurs se sont tus, mais le Halifax W1050 manque toujours à l’appel. C’est désormais une cruelle certitude : il ne reviendra plus.

Un Halifax, c’est quinze tonnes de métal, quatre moteurs Rolls-Royce Merlin XX de plus de mille deux cents chevaux, et six tonnes de bombes à larguer sur le Reich allemand. Mais pour que la mission puisse être menée à bien, un Halifax c’est avant tout un équipage de sept hommes. Quand un avion ne revient pas, ce sont sept familles inquiètes ou endeuillées. En ce matin du 7 mai 1942, le Halifax W1050 TL-F n’est pas rentré. En route vers l’Allemagne, l’appareil a été intercepté au-dessus de la Belgique par la chasse de nuit allemande et abattu vers 23h00 par l’hauptmann Wilhelm Herget, précisément originaire de la ville ciblée. En effet, cet officier est né à Stuttgart, le 30 juin 1910 et décédé dans la même ville le 1er avril 1974. Herget est un as de la chasse de nuit et un pilote expérimenté du NachtjagdGeschwader 4 (II./NJG4) alors basé à Rheine. Guidé vers les bombardiers, il a pu distinguer la lourde silhouette du Halifax et rapprocher son Messerschmitt Bf 110 à distance de tir. Il a fait feu. Le Halifax s’écrase dans une prairie, près de la ferme du Peroy au nord-est du village d’Ochamps (Commune de Libin, en province de Luxembourg). Le Halifax W1050 est la dix-huitième victoire de Herget. A la fin du conflit, son palmarès comptera septante-trois victoires.

Des sept membres de l’équipage du bombardier britannique, cinq sont tués. Ils seront inhumés au cimetière de Neufchateau. Les deux survivants, dont le pilote canadien, sont fait prisonniers par les Allemands. En 2009, Robin Hood, le fils de Norman Hood, un des mitrailleurs victime du crash de 1942, a entrepris de retrouver le lieu où était mort son père. Robin est né deux mois à peine après la chute du Halifax et n'a jamais connu son père. Le Musée royal de l’armée et d’histoire militaire de Bruxelles est contacté. Les recherches s’orientent vers Ochamps où Marie-Thérèse Pipaux, déléguée régionale de l’association patriotique « Le souvenir français » et responsable de l'association "Mémoire d'Anloy", permet de retrouver Joseph Jacquemin. Celui-ci avait été témoin des événements étant enfant. Le site où s’est abattu le Halifax a pu alors être identifié et précisé et Robin Hood vint en 2009 se recueillir à Ochamps et sur la tombe de son père. Mais l’histoire ne s’arrête pas là, car, avant de décéder en décembre 2011, Glenn Gardiner, le pilote canadien du Halifax, avait exprimé le souhait d’être incinéré et qu’une partie de ses cendres soient dispersées sur les lieux de son enfance, une autre là où il a vécu avec sa famille et une troisième partie en Belgique, afin de reposer auprès de ses infortunés compagnons d’armes. C’est une de ses filles, Anne Gardiner, qui prend contact avec Marie-Thérèse Pipaux. De fil en aiguille, les communes de Libin et de Neufchâteau, où se trouvent les tombes des cinq aviateurs, sont mises à contribution et acceptent de soutenir l’action des bénévoles dans ce travail de mémoire. Le collège échevinal de Libin décide alors d’ériger une stèle sur les lieux du drame. La stèle, comportant les noms des sept membres de l’équipage du Halifax W1050 a été réalisée par des élèves de l’institut Saint-Joseph de Saint-Hubert. De son côté, les autorités communales de Neufchâteau ont marqué leur accord pour la dispersion des cendres de Glenn Gardiner.

En ce mardi 13 août 2013, plus de septante ans après les événements, l’histoire revient donc sur ses pas. Une journée de commémoration était organisée en présence des familles des aviateurs Hood et Gardiner. Deux cérémonies étaient prévues. Durant la première, vers 10h30, et conformément à ses dernières volontés, les cendres du pilote Glenn Gardiner furent dispersées par ses filles Anne et Shirley à Neufchateau dans le carré des aviateurs du cimetière communal. Les tombes des cinq autres aviateurs avaient été fleuries et des membres du club de reconstitution Liberty Wheels Historical Association portant l’uniforme des parachutistes britanniques de 1944 montaient une garde d’honneur près des tombes. Ensuite, à 11h30 à Ochamps se déroulait l’inauguration d’une stèle commémorative disposée au plus près du lieu du crash, le long du chemin de Coubry, entre Ochamps et la N40, à une centaine de mètres du carrefour avec la route nationale. La stèle, masquée par un drapeau belge, a été dévoilée par Robin Hood, Anne et Shirley Gardiner et Anne Laffut, bourgmestre de Libin. La stèle a ensuite été fleurie par Dimitri Fourny, bourgmestre de Neufchâteau. Les associations patriotiques et leurs porte-drapeaux entourés d’un public où toutes les générations étaient représentées, se sont recueillis quelques instants et ont honoré la mémoire de ces défunts du passé. Après cela, un verre de l’amitié a été offert par l’administration communale de Libin et un repas, organisé par les bénévoles, était prévu vers 12h30 à la maison de village d’Anloy. On estime qu’environ cent cinquante personnes ont assisté aux cérémonies. Une soixantaine de convives étaient inscrits au repas à Anloy.

Une telle journée nous rappelle non seulement à quel point les souvenirs liés à la guerre restent vivace pour ceux qui ont vécu cette période troublée, mais aussi l’importance du devoir de mémoire. Les destinées personnelles et particulières entrent rarement en ligne de compte au regard de la grande Histoire, et pourtant, elles y participent pleinement. Aussi importe-t-il de se souvenir, de commémorer, de raconter et d’expliquer afin que les leçons du passé puissent garantir un avenir serein aux générations futures.





IN MEMORIAM


Squadron Leader Kenneth White BONNAR, 39059, RAF.

Sergeant John Alexander FIRTH, 986458, RAF Volunteer Reserve.

Sergeant Alec Henry FUCE, RAF.

Pilot Officer Glenn Powell GARDINER, RCAF.

Sergeant John Norman HINDLE, 620185, RAF.

Sergeant Norman Henry HOOD, 976069, RAF Volunteer Reserve, Distinguished Flying Medal.

Sergeant Joseph Thomas STANWORTH, 1021906, RAF Volunteer Reserve.



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