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Overboelare est une localité située à la périphérie sud de Geraardsbergen (Grammont)et fait partie de la réserve naturelle « Prés Rosières » créée en 1987, la seule qui s’étende à la fois sur le territoire de la région flamande et de la région wallonne. Un petit terrain d’aviation y est implanté par Armand Coesens en 1969 entre la Dendre et la ligne de chemin de fer. Un dynamique club de vol à voile y utilise une splendide piste en herbe. Jadis la piste était en dur, mais elle s’est progressivement dégradée et a été désaffectée. Actuellement, il ne reste que quelques mètres de taxiway macadamisé et des pourparlers laborieux sont en cours, car la zone verte de l’aérodrome est protégée. Il existe une petite dénivellation au sud de la piste et, en tant que zone humide au sein de la zone Natura 2000, elle ne peut être nivelée. De même, tout projet de construction d’une nouvelle piste en dur est actuellement impossible en raison des mêmes restrictions. Outre ces considérations technico-administratives, l’endroit est charmant, arboré et calme. D’ailleurs les planeurs des vélivoles y décollent au treuil, ce qui est se fait dans un silence presque total. Il faut vraiment se trouver sur le terrain et à proximité du camion pour tourner la tête lorsque son treuil fonctionne.

Lorsqu’on arrive à Overboelare, on est d’emblée surpris par la présence d’un impressionnant DC-4 Skymaster établi à l’entrée du terrain, sur la pelouse qui jouxte le bâtiment abritant le bureau des vols et le bar. Ce DC-4 est en fait un C-54A-15DC, portant le numéro de série 42-72247. Il a intégré les rangs de l’USAAF en juillet 1944, mais on ignore s’il a un passé guerrier. En 1946, il quitte l’armée et entame une carrière civile. Il est tout d’abord racheté par American Airlines avant de changer de mains à plusieurs reprises par la suite (Eastern Airlines, Miami Airlines, Trans Atlantic Airlines, Aerovias Panama Airways). En 1962, on le retrouve à Bâle, saisi par les autorités suisses pour une raison que l’histoire n’a pas retenu. Tel un héros de polar, il poursuit ses aventures rocambolesques par un vol peu banal et parfaitement illégal sous une fausse immatriculation qui l’amène jusque Zaventem en juin 1963. Saisi à nouveau en Belgique, il est mis en vente publique en 1967 et c’est un habitant de Grammont, désireux de le transformer en bar, qui s’en porte acquéreur. En 1971, il est finalement transféré sur l’aérodrome d’Overboelare où il a longtemps servi de bar à l’aéroclub. A l’heure actuelle, ce vétéran accuse son âge. Il se tient encore droit, mais les rides et la fatigue sont bien visibles.

En ce week-end des 3 et 4 août 2013, Kris De Schryver, entouré d’une petite, mais dynamique équipe de collaborateurs, tous membres de l’aéroclub, organisait le Tailwheel Meet conjointement à l’annuelle journée portes-ouvertes. C’est la dix-septième du genre et le huitième Tail Wheel Meet, regroupant sur l’aérodrome des avions à train classique. L’accès gratuit, l’invitation faite aux riverains, le beau temps et la fête aérienne ont été autant d’éléments qui ont contribué au franc succès de l’événement. Lors de notre visite sur place le dimanche, le public était bien présent, plutôt familial et nombreux. On estime que deux mille à deux mille cinq cents personnes sont venues passer de bons moments les yeux tournés vers le ciel. Des tables étaient dressées dans le hangar pour savourer boissons et barbecue. Un camp militaire de 1944 était reconstitué par des collectionneurs de véhicules d’époque (Liberty Wheels Historical Association et Marne Memory 44, entre autres). Enfin quelques anciens tracteurs agricoles étaient également exposés.

Le volet aérien de la manifestation n’était pas en reste. Rappelons qu’il s’agissait d’un Fly-In. Ce n’est donc pas un meeting aérien à proprement parler, mais la formule a fait ses preuves et est très agréable pour le public, car il y a des mouvements continus d’aéronefs. Ainsi, les planeurs du club ont fait plusieurs vols au cours de la journée. Catapultés vers l’azur par le câble du treuil, ils poursuivaient leur vol dans un silence majestueux. Pour le reste, de nombreux pilotes décollaient puis laissaient accélérer leur appareil dans l’effet de sol, manœuvre toujours spectaculaire et appréciée du public.

Pas moins de sept Piper Cub étaient présents, dont quatre portant la livrée militaire d’appareils de l’aviation légère de l’armée belge. Rappelons que l’armée belge reçut à partir de 1962 cent cinquante-sept Piper L-18C Super Cub dans le cadre du plan d’aide militaire MDAP. Ils ne furent pas tous utilisés opérationnellement et certains furent cédés aux Pays-Bas et au Danemark. Également présent sur place, un surprenant Piper Carbon Cub, remotorisé et construit avec des matériaux plus légers, comme son nom l’indique, a fait plusieurs vols qui montrèrent bien que les performances de cette machine sont très différentes de celles de ses vénérables prédécesseurs. Toutes proportions gardées, le taux de montée au décollage, par exemple, est aussi spectaculaire que la comparaison que l’on pouvait faire en voyant décoller un Sptifire classique, puis le Spitfire de Christophe Jacquard lorsqu’il possédait encore son doublet d’hélices contrarotatives. La différence est flagrante. Personnellement, d’un point de vue purement esthétique, je regrette les grandes dimensions des pneumatiques du train principal qui gâchent un peu l’harmonie de l’ensemble.

Dans le hangar, le stand de l’association d’archéologie aéronautique Wings of Memory présentait au public des éléments du Messerschmitt Bf 110 G-4 abattu à Herne dans la nuit du 12 mai 1944 par l’équipage du Halifax MZ642 OW-N du 426 Squadron de la Royal Air Force. Le Halifax prenait part au bombardement de la gare de Louvain. Le Bf 110, appartenant au 8e Staffel du Nachtjagdgeschader 5, avait décollé de Juvincourt, près de Laon. Les trois membres d’équipages périrent dans le crash. Wings of Memory exposait la roulette de queue, la jambe de l’atterrisseur droit et un des deux moteurs Daimler-Benz 605B de l’appareil allemand.

Un rare et magnifique Stinson L-5E Sentinel N57797 (cn 76-489) aux couleurs américaines de 1944 était venu en vol des Pays-Bas et on a pu admirer la qualité de sa restauration. La présence de cet authentique vétéran était comme la cerise sur le gâteau pour tous les connaisseurs. Côté avions historiques, notons également la présence d’un Chipmunk aux couleurs portugaises sous immatriculation française au registre des avions de collection, sans oublier le T-6 H-210 du Stampe & Vertongen Museum dont le puissant rugissement lors du décollage est une mélodie sans équivalent. Autre moment fort, la présentation des Pitts Special basés sur place et leur numéro de voltige véloce.

Mais la journée de dimanche a révélé une autre surprise : l’arrivée d’un rutilant Exra 300 LT (F-HPXO), la dernière version plutôt axée voyage, de ce célèbre appareil de voltige. La surprise ne s’est pas limitée à l’avion. Son pilote n’était autre que le capitaine François « Ralloche » Rallet, vingt-deuxième et dernier démonstrateur sur Mirage 2000 (saison 2008) au sein de l’escadron 2/5 « Île de France » d’Orange. Il avait également participé aux scènes aériennes du tournage du film « Les Chevaliers du ciel » de Gérard Pirès en 2005. Il est actuellement pilote à l’Ecole de voltige de l’armée de l’air (EVAA) basée à Salon-de-Provence. Spécialiste de l’Extra 300, il présente régulièrement les Extra 300XT de l’EVAA dans les meetings aériens et est par ailleurs titulaire de plusieurs distinctions remportées lors de compétitions internationales de voltige aérienne. Tout récemment, il a obtenu la médaille de bronze de la catégorie « Elite » aux championnats de France de voltige en monoplace qui se sont déroulés du 24 au 28 juin 2013 à Moulins. La présentation qu’il accepta de faire à Overboelare, sur un terrain qu’il découvrait fut remarquable. Cependant, aux dires du pilote, cette version LT est un peu plus souple aux commandes et moins vive que les versions XT de compétition. L’avion emportait des fumigènes (un hasard ?) et la démonstration en vol était donc fort proche du programme habituel du pilote. Rappelons l’extrême maniabilité de l’Extra 300 qui permet à son pilote de s’arrêter en plein ciel ou de boucler seul un cœur de fumée comme celui que la Patrouille de France dessine avec quatre avions. Au terme de sa présentation et avant de quitter la scène, suspendant l’avion en l’air, il termina par un profond salut en inclinant le nez de l’avion face au public. « Ralloche » a inscrit de très belles trajectoires dans le ciel bleu immaculé d’Overboelare. Nul doute que ces arabesques blanches resteront dans la mémoire des spectateurs émerveillés. D’ailleurs le public ne s’y est pas trompé et, dès l’arrêt de l’avion, c’est un tonnerre d’applaudissement qui a spontanément remplacé celui du moteur. Le public belge est enthousiaste, mais souvent discret, et de telles manifestations sont suffisamment rares pour mesurer toute l’importance et toute l’émotion de ce chaleureux merci.

A la fin de la journée, quand la lumière devient dorée, la plupart des pilotes en visite avaient pris le chemin du retour avec leur avion. Le public lui, aussi, tout doucement s’en est allé. Mais pas tous, car rendu à ses aviateurs maison, l’aérodrome vrombissait encore au son des Piper Cub et des Pitts qui avaient repris l’air. Le hangar bruissait encore des conversations autour d’un verre ou d’un morceau de viande grillée. Bref, ce fut véritablement une bien belle journée.




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UN GRAND MERCI A MONSIEUR KRIS DE SCHRYVER POUR LA QUALITÉ DE L'ACCUEIL ET LES FACILITES ACCORDÉES POUR LES PRISES DE VUES.