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© TEXTE ET PHOTOS LUC DUJARDIN - AVIATION & PHOTOGRAPHIE 2016


A l'occasion du passage du cap des 58.000 heures de vol de sa flotte d'hélicoptères Sea King, la Composante Air belge avait convié la presse pour célébrer l'événement. La météo tout d'abord clémente en matinée a malheureusement changé à la mi-journée. Mais peu importe, car les averses de la mer du Nord font partie du milieu dans lequel évoluent les Sea King depuis des années. Et ce n'est pas peu dire, car cette année 2016 verra également célébrer le quarantième anniversaire de la mise en service du Westland Sea King Mk 48 au sein de la 40e escadrille.

Le rendez-vous avait été donné par le service Images et Relations publiques de la Composante Air (ComOpsAir-IPR) vers 11h30 à l'entrée de la base aérienne. C'est le Lieutenant-colonel Wim Lecoutere, l'officier commandant le service, qui accueille la presse et détaille le programme du jour. Lequel débute par un simple, mais agréable repas servi au mess de la base. Après cela, le petit convoi de véhicules se rend dans la zone opérationnelle pour un briefing au sujet de l'événement du jour. Nous entrons dans le hangar de la 40e escadrille où sont parqués les tout nouveaux NH90 NFH (Nato Frigate Helicopter), successeurs désignés du valeureux Sea King. Les NH90 RN-01 et RN-02 sont à l'abri du hangar, tandis que le RN-03 est parqué à l'extérieur sur une des alvéoles en béton.

Dans la salle de briefing, la décoration, bien que sobre, montre bien l'esprit du lieu. On remarque bien évidemment au mur l'emblème de l'unité et le pupitre orné d'autocollants reprenant les silhouettes des hélicoptères utilisés par l'escadrille. Dans un coin de la pièce, un objet étrange attire l'attention. Il s'agit d'un morceau de pale d'hélicoptère sur laquelle sont inscrits des noms et des remerciements pour un sauvetage réalisé par un équipage de Sea King. (1)


Un livre pour le 70e anniversaire de la Composante Air


Le Capitaine Kurt Verwilligen (ComOpsAir-IPR) s'adresse tout d'abord à l'assemblée pour annoncer la sortie prochaine, au mois de juin, d'un livre écrit par notre confrère Daniel Brackx avec la collaboration des photographes militaires sur le septantième anniversaire de la Composante Air. L'ouvrage sera composé de deux volumes. Le premier sera consacré à l'histoire proprement dite, tandis que le second fera le point sur les capacités opérationnelles des forces aériennes belges. Les deux volumes seront vendus ensemble au prix de 40 euros, avec un tarif avantageux pour le personnel de la Défense. L'ouvrage, actuellement en cours de rédaction et d'élaboration, sera présenté officiellement à Florennes le 22 juin prochain. Cela interviendra donc juste avant que ne débute le grand meeting aérien international organisé cette année pour fêter dignement l'anniversaire de la Composante Air. Les Belgian Air Force Days se tiendront sur la base aérienne de Florennes les 25 et 26 juin 2016. Pour plus d'informations sur le livre, on consultera le site internet baf70.wordpress.com

Le briefing commence ensuite, en présence du Colonel Aviateur BEM Georges Franchomme, chef de corps du 1er Wing de Beauvechain, qui abrite les autres voilures tournantes (Agusta A109 et NH90 MTH) de la Composante Air belge. Le Lieutenant-colonel aviateur Evert Cuppens, CO de la 40e escadrille et le Major aviateur Vandenbroucke ont ensuite décrit brièvement l'histoire et le cadre opérationnel d'utilisation du Sea King au sein de leur unité.


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by LUC DUJARDIN





40 ans de service pour le Sea King


En 1973, le gouvernement belge et son ministre de la Défense, Paul Van den Boeynants, ont envisagé sérieusement la question du remplacement des cinq hélicoptères Sikorsky S-58 entrés en service entre mai 1961 et février 1962. Ces machines ont constitué la première véritable unité dédiée à la recherche et au sauvetage (Search and Rescue ou SAR), mais chaque cellule avoisinait alors les 8.000 heures de vol et leurs faibles moyens de navigation devenaient progressivement obsolètes. C'est en 1974 que la décision d'acheter de nouvelles machines a été arrêtée et, le jeudi 11 avril, un contrat de 450 millions de francs belges a été officiellement signé pour l'achat de cinq Westland Sea King Mk 48 et un stock de pièces de rechange. Il avait été envisagé un temps d'acquérir douze de ces hélicoptères, mais ce ne fut pas le cas pour des raisons purement économiques. Le Sea King, de conception américaine (Sikorsky S-61) a été choisi dans sa version construite au Royaume-Uni. Les Sea King fabriqués par Westland sont de diverses versions, utilisées par la Royal Air Force ou la Royal Navy britannique, la Norvège et la Marine allemande, mais aussi l'Egypte, l'Inde, le Pakistan et la Marine australienne. L'appareil s'est donc avéré moins onéreux que les versions construites sous licence au Danemark ou en Italie. En outre, la Belgique a bénéficié de compensations économiques. Le Sea King a finalement été préféré à d'autres appareils tels que les CH-46, UH-2, Bell 212, ou S-58T américains, le SA 330 Puma français.

Par rapport à son prédécesseur, le nouvel outil des équipages de la 40e escadrille de Coxyde dispose désormais d'un radar de bord et de moyens de navigation plus modernes et plus complets. Grâce à un système gonflable de stabilité disposé au niveau du carénage du train d'atterrissage, il est capable de se poser sur la mer. Il est en outre bimoteur et résiste mieux à la corrosion, ce qui est un gage de sécurité pour les vols maritimes et dans un environnement salin. Commençons par signaler que son rotor principal compte cinq pales et que le rotor de queue en a six. Initialement métalliques, elles ont été remplacées dès 1987 par de nouvelles plus flexibles et plus légères en matériaux composites. Il possède un treuil pour la descente et la remontée des hommes. Depuis son entrée en service, le Sea King a été modernisé progressivement afin d'optimiser encore sa capacité à remplir ses missions. En 1981, il a été équipé d'un déflecteur devant les entrées d'air des turbines pour éviter les problèmes dus au givrage. Mais c'est en 1995 que la flotte a subi un important chantier de mise à niveau. Le radar doppler d'origine a été remplacé par le radar Bendix RDR-1500B. Son carénage noir, sur le dos de l'hélicoptère, a été agrandi. Désormais le radar tourne en quatre secondes pour balayer les 360 degrés de l'horizon. Les cinq appareils ont également reçu un système de réduction de bruit (Active Noise Reduction, ou ANR) pour l'intercom et la nouvelle radio multi-bandes, un nouveau pilote automatique et un système de lubrification d'urgence du train d'atterrissage principal. Enfin, c'est aussi à ce moment qu'ils ont été équipés d'une caméra FLIR (Forward Looking Infra Red) pour faciliter les opérations de nuit et par mauvais temps.

Les Sea King belges sont susceptibles d'intervenir sur l'ensemble du territoire et pas uniquement en mer. Ils portent, depuis l'origine, un schéma de camouflage bicolore plus approprié aux opérations terrestres. Leur nez et l'empennage sont, quant à eux, peints en rouge vif. En 2001, à l'occasion du vingt-cinquième anniversaire de leur mise en service, le RS05 a reçu une somptueuse décoration spéciale, toute noire, avec les couleurs nationales sur les flancs, mais toujours en conservant les extrémités en rouge. Actuellement, il porte toujours cette livrée.

Le lundi 12 juillet 1976, les quatre premiers pilotes sont partis en Grande-Bretagne pour suivre les cours de formation sur Sea King sur la Royal Navy Air Station (RNAS) de Culdrose, située à la pointe ouest des Cornouailles. C'est le lundi 8 novembre 1976, par une météo maussade, que les cinq Sea King sont arrivés par les airs en provenance directe de Culdrose. A bord de chacun d'eux, il y avait quatre hommes d'équipage. Ces vingt hommes, bien qu’actuellement plus âgés, sont toujours en vie et seront par conséquent tous cordialement invités à participer au quarantième anniversaire des Sea King belges. Les détails de ces festivités qui auront lieu au mois d'octobre, sont encore loin d'être tous planifiés, mais on peut déjà dire qu'une journée regroupant tous les anciens équipages et techniciens sera organisée en marge du SAR Meet qui se tiendra à Coxyde durant la semaine du 10 au 14 octobre 2016.


Les missions des Sea King


Le Major aviateur Vandenbroucke rappelle que les missions du Sea King sont diverses. Sa tâche principale est dévolue à la recherche et au sauvetage aérien (Search and Rescue ou SAR). Dans les faits, les missions de ce type sont davantage effectuées en environnement maritime (SAMAR) et représentent environ septante-cinq pour cent des opérations. Les missions de sauvetage terrestre (SATER), de même que les évacuations sanitaires ou le transport urgent d'organes entre hôpitaux (MEDEVAC), sont proportionnellement moins nombreuses avec dans chacun des cas environ dix pour cent des interventions. Ce sont les missions d'aide à la nation ou le transport de personnes qui occupent les cinq pour cent restant de l'utilisation opérationnelle de ces hélicoptères.

Le Sea King est capable de voler par tous les temps, y compris par mauvaise visibilité ou de nuit. De nombreux vols d'entraînement ont lieu de nuit. Toujours à des fins d'entraînement, les hélicoptères vont régulièrement treuiller un membre d'équipage sur un navire ou en mer pour revenir le chercher et le remonter ensuite.

Les Sea King, spécialisés en SAR, sont également utilisés pour le Combat Search and Rescue (CSAR) et dans ce cas, ils peuvent emporter une section de commandos des Forces spéciales destinée à récupérer un pilote abattu et isolé en territoire ennemi. Lorsque la Belgique a mis en place ce dispositif, inspiré par le concept développé par les Etats-Unis, c'est le Sea King qui correspondait le mieux à cette mission. De nombreux exercices et entraînements ont été réalisés avec lui. Désormais, ce serait plutôt le NH90, plus véloce, mieux auto-protégé et avec un plus important rayon d'action, qui serait employé à cette tâche. Le Sea King peut également transporter du matériel sous élingue ventrale (jeep, canon, etc). Enfin, il peut aussi être amené à remplir des missions de transport de personnalités VIP. Lors d'une visite de la base de Coxyde, le mardi 8 mars 1977, le roi Baudouin fit un vol en Sea King. Lorsque le pape Jean-Paul II vint en visite officielle en Belgique du jeudi 16 au mardi 21 mai 1985, le RS02 avait servi aux déplacements du souverain pontife à travers le pays.

Pour effectuer ses différentes missions, le Sea King emporte un équipage de six hommes. Dans le cockpit un pilote commandant de bord assis en place droite est secondé par un copilote assis dans le siège de gauche, contrairement aux dispositions habituellement en usage en aviation. A l'arrière, le navigateur et opérateur SAR (ou SARSO) est en quelque sorte le chef de mission. Avec les moyens de navigation dont il dispose, c'est lui qui coordonne les recherches et les communications avec les centres de contrôle et les autorités. Avec le radar et la caméra FLIR, il peut aider les pilotes lors des vols de nuit et par mauvais temps. Ces instruments peuvent être couplés avec le pilote automatique, par exemple, pour suivre un cap direct vers une balise de détresse ou un point repéré grâce à la caméra infrarouge. L'ingénieur de vol est le technicien embarqué. La cellule de l'hélicoptère n'a pas de secret pour lui. C'est lui qui supervise le démarrage et l'arrêt des moteurs et des rotors. C'est lui enfin qui manipule le treuil pour la descente et la récupération des personnes. Un sauveteur-plongeur est à bord pour intervenir au plus vite, directement en mer, pour aider et remonter les personnes secourues dans l'hélicoptère. Enfin, le dernier membre et pas le moindre est l'urgentiste. Jusque 1994, les Sea King emportaient des médecins. Depuis cette date, ce sont des infirmiers urgentistes spécialement formés aux interventions SAR (urgences, soins intensifs) qui prodiguent les premiers soins médicaux aux victimes héliportées.




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Les interventions : Aude Audenda


L'histoire du Sea King et la vie de la 40e escadrille sont bien entendu émaillées de très nombreuses interventions. Toutes ont été importantes et utiles, car la finalité principale du sauvetage est de secourir et de préserver des vies humaines. La devise latine de la 40e escadrille, « Aude Audenda », signifie Ose ce qui doit être osé. Les membres de l'escadrille sont bien conscients de l'importance de leur mission et des notions de service, voire d'abnégation ou de sacrifice qui y sont liées. Ils complètent d'ailleurs en anglais la devise de leur unité en disant « Aude Audenda so others may live ». Le tout premier scramble a eu lieu le dimanche 14 décembre 1976 avec le RS02 pour secourir un bateau de pêche en difficulté. Depuis lors, les interventions de sauvetage se sont succédées. Certaines opérations ont parfois été spectaculaires ou particulièrement éprouvantes pour les équipages. On nous en rappelle quelques unes qui sont des jalons importants dans l'histoire de la 40e escadrille et qui sont à la fois représentatives du rôle et de l'efficacité des équipages et de leur appareil.

Le vendredi 6 mars 1987, le ferry « Herald of Free Enterprise » sombre au large du port de Zeebruges. C'est sans doute l'opération de sauvetage la plus connue du public. La 40e escadrille y a activement participé avec trois Sea King qui, en plusieurs jours, ont effectué pas moins de 22h56 de vol et transporté vingt-huit naufragés. Dans la nuit du samedi 31 décembre 1994 au dimanche 1er janvier 1995, un incendie dramatique ravage l'hôtel Switel au centre d'Anvers. Il fera quinze morts et cent soixante-quatre blessés dont quarante-neuf très grièvement. Deux Sea King ont travaillé cette nuit-là, transportant douze personnes brûlées vers les hôpitaux.

Un autre réveillon tragique a eu lieu aux Pays-Bas, la nuit du dimanche 31 décembre 2000 au lundi 1er janvier 2001. Cette fois aussi, c'est un incendie dans un café de Volendam, à une dizaine de kilomètres au nord d'Amsterdam. Il y aura dix morts et cent quatre-vingt trois blessés. Le RS02 a assisté les secours néerlandais en transportant dix-huit blessés. Le vendredi 30 juillet 2004, une conduite de gaz est percée par un engin de chantier à Ghislenghien, près de Ath, au sud-ouest de Bruxelles. Il s'en suit une grave explosion et un incendie. Parmi les onze hélicoptères de secours utilisés ce jour-là, on dénombre trois Sea King qui transportèrent dix-sept personnes souffrant de brûlures. Le dimanche 28 juin 2009, un avion de tourisme se rendant de France en Angleterre doit se poser en mer. C'est un Sea King de Coxyde qui part récupérer les occupants. C'est le 2500e décollage sur alerte (scramble) effectué par un Sea King. Le mardi 8 décembre 2009, un accident survient sur le bateau de pêche « Armemuide 4 ». Un homme à le doigt coupé. Un Sea King part chercher le blessé en mer et le transporte à l'hôpital de Furnes. Il s'agit de la 1500e personne à être secourue par Sea King.

Le dernier sauvetage d'envergure a été celui du mercredi 5 décembre 2012. La nuit est noire, la mer est démontée, il fait froid et il pleut. Deux navires sont entrés en collision en mer du Nord. Un des deux bateaux, le « Baltic Ace » coule en quinze minutes. Deux hélicoptères arrivent sur les lieux, l'un est hollandais, l'autre est un Sea King de Coxyde. Il ramènera 7 marins et une personne décédée.




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BELGIAN AIR COMPONENT – 40 SQUADRON



Bilan et reconnaissance


En ce début mars 2016, les cinq Sea King belges ont accumulé un total de 58.012 heures et 17 minutes de vol. Ils ont transporté 1712 personnes et effectué 3185 scrambles. Les équipages des Sea King ont été plusieurs fois décorés pour leurs actions héroïques. C'est le cas notamment de l'équipage qui transporta le marin blessé du « Armemuide 4 » ou celui qui intervint sur le naufrage du « Baltic Ace » qui se vit décerner le prix Marie Monseur-Fontaine le mercredi 6 novembre 2013 à la Maison des Ailes à Bruxelles.

Les interventions de la 40e escadrille lui valent également une très bonne couverture médiatique, qu'il s'agisse de la presse écrite ou des médias audiovisuels, tant sur le plan national qu'international. En 2001, pour le vingt-cinquième anniversaire, un livre intitulé « 25 jaar Sea King in de Belgische Luchtmacht » écrit en langue néerlandaise par Lambert J. Derenette est paru aux éditions Snoeck-Ducaju. Il est abondamment illustré et décrit de manière fort précise l'histoire de l'hélicoptère.

On signalera aussi un fait assez exceptionnel et rare dans l'histoire d'une unité militaire belge. En 1997 et 1998, la télévision néerlandophone belge TV1 a coproduit avec la télévision néerlandaise TROS et Canal +, une série télévisée baptisée « Windkracht 10 » (vent de force 10) organisée en deux saisons, respectivement de treize et dix épisodes. La série met en scène le travail et la vie des équipages de Sea King de la 40e escadrille, au départ d'un scénario romanesque. Il faut cependant y souligner un aspect documentaire particulièrement bien rendu. L'impact de la série télévisée fut très grand en Belgique et tout particulièrement dans la partie néerlandophone du pays. A l'époque, le traditionnel meeting aérien international qui se tenait au début du mois de juillet sur la base aérienne de Coxyde était basé sur le thème de la série, avec podium et participation des acteurs. Un concert spécial donné par les acteurs et le personnel de la série clôturait le week-end. La série montrait, au fil des épisodes, les différentes facettes du travail aérien et les divers aéronefs de la Force aérienne. On y voyait aussi les F-16, les C-130 ou les Alpha Jet. C'était avant que ces derniers ne partent vers la base française de Cazaux (2004). La première saison de la série a été doublée en français et diffusée sur la chaîne de télévision francophone RTBF, mais cette version n'a jamais été publiée en DVD. L'impact de cette série a été important sur les jeunes passionnés d'aviation et a certainement contribué, à l'époque, à susciter des vocations et faciliter le recrutement de pilotes militaires.

Non contents d'être devenus des stars du petit écran, les Sea King belges sont également passés sous les feux de la rampe et ont réjoui le public des salles obscures. C'est en 2006 qu'est sorti au cinéma le long métrage du réalisateur Hans Herbots. Il est intitulé « Windkracht 10 Koksijde Rescue ». Ce film met en scène la vie d'un équipage et une histoire d'amitié tragique entre un pilote de Sea King et un ancien plongeur qui a dû quitter l'escadrille suite à un accident de plongée.

Les Sea King, bien que peu nombreux, sont parmi les aéronefs militaires belges les plus connus du grand public. Ce sont eux que les vacanciers voient régulièrement au littoral. C'est un hélicoptère familier. Il est présent lors de toutes les manifestations aériennes et souvent il y a une plage horaire dans les meetings aériens pour un vol de présentation avec descente et récupération du plongeur avec le treuil. De nombreuses personnes ont également eu la chance de faire un vol de quelques minutes à son bord. En effet, lors des grands meeting qu'elle organise, la Composante Air prévoit toujours un concours avec à la clé un baptême de l'air. Le Sea King a donc eu aussi pour tâche plus festive de transporter les heureux gagnants de ces concours.




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Déroulement de la journée


Après le briefing, notre visite se poursuit de l'autre côté de la piste. Nous embarquons dans les véhicules et nous descendons devant le hangar situé au sud de la base. Le RS05 et de RS02 y sont stationnés. L'équipage arrive bientôt et monte à bord du RS05. Le pilote et les techniciens de piste font toutes les vérifications. Seul le rabat supérieur de la porte d'accès au cockpit a résisté un peu, mais a pu être fermé avec l'aide des hommes au sol. Très vite l'hélicoptère entame son roulage, passe majestueusement devant nous et rejoint la piste. Après un point fixe, la vitesse de rotation du des pales augmente, la voilure tournante génère progressivement la portance permettant l'envol. Les amortisseurs du train d'atterrissage, soulagés du poids de la machine, se détendent et, finalement, le Sea King décolle en douceur et s'envole face à l'ouest, en direction de la mer du Nord.

Une fois l'hélicoptère parti, nous sommes invités à entrer dans le hangar. C'est celui de la maintenance. C'est là que sont entretenus les hélicoptères de la 40e escadrille. Le RS04 est actuellement en grande visite, reposant sur des vérins plutôt que sur ses roues, les trappes sont ouvertes, les rotor déposés, l'antenne radar est à l'air libre. A côté de lui, son frère d'armes RS03 est emballé sous un cocon blanc et attend l'éventualité d'une remise en état de vol soigneusement préservé des intempéries, de l'humidité et des fluctuations de température. Un peu plus loin, le Sea King en livrée jaune ZH542 dont les marquages de la Royal Air Force sont désormais effacés. Lui aussi est démonté. Au fond du hangar, l'Alouette III M3 est aussi en révision et plusieurs techniciens l'entourent de soins attentifs. Mais l'heure tourne et il nous faut déjà rembarquer et regagner le hangar de la 40e escadrille.

Lorsque nous arrivons sur place, c'est le NH90 RN 01 qui a été sorti du hangar et s'apprête à décoller sous une averse. Une fois qu'il a pris son envol, le Sea King RS05 revient au-dessus de la base et se pose sur l'alvéole située devant le hangar où nous nous trouvons. Un des membres d'équipage en sort et vient vers nous tandis que l'hélicoptère redécolle derrière lui. Ce petit artifice de mise en scène permet de faire de très belles images. Le RS05 repart, cercle autour de la base et revient. Il s'immobilise en vol stationnaire, et le plongeur est descendu par le treuil. Après une seconde orbite autour de la base le Sea King vient treuiller son plongeur. Une fois remonté à bord, l'hélicoptère, tous feux allumés se présente face au hangar et passe au-dessus de nous en nous entourant du son si caractéristique de ses moteurs et de son puissant rotor. Il retourne alors se poser au sud de la base. La journée se termine déjà. L'averse est finie et une agréable lumière revient sur la plaine de Coxyde.


Fin du règne du roi des mers


A l'heure actuelle, seulement trois Sea King sont encore opérationnels. Le RS01 a été le premier à quitter la 40e escadrille. Il a été remis à la Section Air du Musée de l'Armée et d'histoire militaire de Bruxelles. Il y est arrivé par la voie des airs le mercredi 17 décembre 2008. Ce fut son dernier vol, mais l'atterrissage dans la cour du Cinquantenaire reste un événement marquant pour les témoins de l'époque. On signalera que le RS01 avait dû amerrir d'urgence en mer le mardi 28 avril 1981 et avait été ensuite remorqué, grâce à ses flotteurs par un navire militaire jusqu'au port de Zeebruges. Le second Sea King retiré du service est le RS03. Au début de sa carrière, cet appareil avait fait un atterrissage forcé à Mont-Saint-Guibert le mercredi 3 décembre 1980, sans dommage pour l'équipage. Il a volé pour la dernière fois le jeudi 29 août 2013. A l'heure actuelle, le RS03 est placé sous cocon à Coxyde. Il pourrait être rapidement remis en état de vol en cas de nécessité. Les trois Sea King à continuer à voler au sein de la 40e escadrille sont le RS02, le RS04 et le RS05.

Un sixième Sea King se trouve depuis la fin de l'année dernière à Coxyde. Il s'agit d'un hélicoptère anglais de la variante HAR3A immatriculé ZH542 et acheté par la Belgique en 2015 pour servir de réserve de pièces de rechange. Auparavant basé à Wattisham (Essex), il appartenait au B Flight du 22 Squadron de la Royal Air Force. Il est arrivé en vol à Coxyde, où il a fait son dernier atterrissage le mardi 24 novembre 2015.

Les Sea King belges interviennent depuis quarante années le long des soixante kilomètres du littoral belge, mais également plus au large, dans la Manche et en mer du Nord selon les nécessités. On ne peut pas comparer le travail des Sea King de la 40e escadrille avec celui des hélicoptères basés au Royaume-Uni, car ces unités ont à surveiller un trait de côte beaucoup plus long et font un bon millier d'interventions par an à partir d'une dizaine de bases SAR.

Cependant, si on y regarde de plus près, on constate que le paysage du secours aérien maritime est en mutation. Cela faisait septante-cinq ans que la Royal Air Force assurait les missions SAR. Désormais, le secours en mer britannique est privatisé et confié depuis le 4 octobre 2015 à la société Bristow. La flotte de Sea King de la RAF a donc définitivement quitté le service actif. Plus au sud, en France, un hélicoptère de secours EC145 de la Sécurité civile était basé au Touquet et effectuait des missions comparables à celles des Sea King belges. En février 2014, cet hélicoptère portant l'indicatif Dragon 62 à quitté le Pas-de-Calais pour une nouvelle affectation en Guyane. La base de la Sécurité civile du Touquet a été définitivement fermée le mercredi 29 juillet 2015 par décision du ministre français de l'Intérieur Bernard Cazeneuve. Aux Pays-Bas, les moyens SAR de la Koninklijke Luchtmacht reposaient auparavant sur les hélicoptères Agusta Bell AB412 du 303 Squadron depuis la base frisonne de Leeuwarden. Cette unité a été dissoute le mercredi 31 décembre 2014 et ses missions de sauvetage en mer confiées temporairement à la société privée Noordzee Helikopters Vlaanderen (NHV). Ce sont désormais les garde-côtes néerlandais et le Joint Rescue Coordination Centre (JRCC) qui sont en charge de ces missions. Les hélicoptères de sauvetage NH90 NFH du 860 Squadron sont basés à Den Helder.

En Belgique, la flotte des NH90 NFH monte en puissance et franchi progressivement les jalons qui la mèneront à une pleine capacité opérationnelle, tant sur le plan du matériel que du personnel. Pour l'instant, la base de Coxyde attend toujours la livraison de son quatrième appareil. Après quarante années de labeur, la vie du Sea King dépend du potentiel d'heures de vol des moteurs et de la structure des machines. Des questions de budget viennent encore s'ajouter à l'ensemble de ces considérations. Les trois derniers Sea King à être en service devraient poursuivre leur travail au sein de la 40e escadrille jusqu'à la fin de l'année 2018. A ce moment, ce sera au tour des NH90 de reprendre le flambeau et la noble mission du sauvetage en mer.


© TEXTE ET PHOTOS LUC DUJARDIN - AVIATION & PHOTOGRAPHIE 2016


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Photos additionnelles :
Laurent CUVELIER, Barbara DUFRANE


English translation coming soon





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(1) Il s'agit d'un sauvetage réalisé le mardi 4 février 2003 en mer au large d'Ostende. Un Sea King de la 40e escadrille s'était porté au secours de l'équipage de l'Eurocopter AS365N3 Dauphin 2 n° 6617, immatriculé OO-NHW. Cet hélicoptère, exploité par la firme Noordzee Helikopters Vlaanderen (NHV), déposait un pilote à bord d'un navire qui devait entrer au port. C'était en fin de journée, vers 18h40. Une vague plus haute a frappé le Dauphin et de l'eau de mer a été ingérée par les moteurs. Tous les deux ce sont arrêtés et le pilote n'a eu que le temps de poser la machine sur l'eau, permettant ainsi aux quatre hommes d'évacuer à bord du dinghy. Le Sea King a décollé de Coxyde seulement sept minutes après l'appel de détresse et a pu arriver rapidement sur les lieux du sinistre pour retrouver les quatre naufragés grâce à la caméra FLIR. Récupérés à temps, ils souffraient d'hypothermie et deux d'entre eux étaient blessés au dos. Vingt-cinq minutes après le crash, ils ont été déposés à l'hôpital de Bruges où ils ont reçu les soins médicaux appropriés. Le pilote de ce Dauphin était un ancien pilote de Sea King de la 40e escadrille.




  • SEA KING RS01

    5 photos
    Premier vol : 19 décembre 1975
    Dernier vol : 17 décembre 2008
    Heures de vol : 10585 H 39
    Statut (2016): Musée royal de l'Armée et d'histoire militaire, Bruxelles
  • SEA KING RS02

    19 photos
    Premier vol : 8 AVRIL 1976
    Heures de vol : 12000 H 46
    Statut (2016): OPERATIONNEL
  • SEA KING RS03

    23 photos
    Premier vol : 12 avril 1976
    Heures de vol : 11851 H 47
    Dernier vol : 29 août 2013
    Statut (2016) : Sous cocon, Coxyde.
  • SEA KING RS04

    8 photos
    Premier vol : 7 MAI 1976
    Heures de vol : 11950 H 25
    Statut : OPERATIONNEL
  • SEA KING RS05

    16 photos
    Premier vol : 7 JUIN 1976
    Heures de vol : 11623 H 40
    Statut (2016): OPERATIONNEL
  • SEA KING ZH542

    20 photos
    Précedent opérateur : Royal Air Force – 22 Squadron
    Date de livraison : Coxyde, 24 novembre 2015
    Heures de vol : N/C (volait depuis 27 mars 1996 au sein de la RAF)
    Statut (2016): Stock de pièces de rechange, Coxyde.
  • SEA KING CLOSE-UP

    46 photos
    Gros plans sur le Sea King. Entrez dans le cockpit ou dans le cargo. A l'extérieur, le fuselage coloré et abondamment riveté offre de belles compositions photographiques.

REMERCIEMENTS A L’EQUIPE DE COMOPSAIR IPR ET LE PERSONNEL DE LA 40E ESCADRILLE POUR LA QUALITE DE L'ACCUEIL ET POUR CETTE INTERESSANTE JOURNEE SUR LA BASE DE COXYDE.