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© TEXTE LUC DUJARDIN et BENJAMIN HEYLEN - PHOTOS LUC DUJARDIN
AVIATION & PHOTOGRAPHIE 2016


Malèves est un village de la Province du Brabant wallon, à l'est de Bruxelles. Il abrite le Musée du Souvenir 40-45. Créé pour mettre en valeur une collection personnelle, il abrite une étonnante, foisonnante et très complète série d'uniformes, vêtements, armes ou objets de la vie quotidienne durant la Seconde Guerre mondiale. Divers décors et mannequins évoquent des scènes de combat ou de la vie civile pendant le conflit. La cache aménagée à l'époque dans une ferme des environs pour cacher un aviateur allié aux occupants allemands a été reconstituée avec le plus grand soin. L'ASBL qui fait vivre le musée organise également des rassemblements de collectionneurs de véhicules militaires et de figurants en uniforme d'époque. L'événement, baptisé Field Depot en est cette année à sa huitième édition. Les véhicules sont garés et les tentes sont plantée dans une pâture à la sortie du village, à proximité immédiate du Musée du Souvenir.

A l'invitation d'un ami, je me suis rendu sur place le dimanche 17 juillet 2016 pour photographier les véhicules. Très vite, nous avons appris qu'un convoi était prévu dans la matinée. Il a fallu s'organiser un peu pour trouver un endroit où il soit possible de photographier le passage des jeeps et camions. Un tel lieu fut trouvé assez facilement, mais il n'a pas été possible d'en trouver un second, car le trajet du convoi était somme toute relativement court. Il devait faire halte à Opprebais, pour une cérémonie devant un monument. Arrivé à la suite du convoi, nous apercevons rapidement les jeeps et les camions stationnant dans la rue longeant l'église du village. Un cadre idéal pour faire quelques images dans un décor d'époque. Mais pour l'heure, tout le monde converge vers le petit cimetière entourant l'église. La cérémonie n'a pas lieu au monuments aux morts de la commune, mais bien dans le cimetière, sur la tombe de Georges Jaspis, ancien pilote belge de la Royal Air Force.

Cette cérémonie a été réalisée à l'initiative du Musée du Souvenir et de l'association « L'Amicale des Forces Alliées » qui le soutient. L'idée de cette commémoration revient à Benjamin Heylen, conservateur du musée, car il lui tenait à cœur de faire quelque chose en l'honneur de ce pilote dont on aurait fêté cette année le centenaire. Les autorités communales concernées (Perwez et Incourt) ont tout de suite accepté la proposition, y compris pour ce qui concerne le passage des véhicules en convoi depuis Malèves jusqu'à Opprebais. Les membres de l'association ont participé activement à la mise en place de la cérémonie, de son timing, de la mise en place des drapeaux dans le cimetière et de tous les détails qui ont permis à l'événement de se dérouler sans accroc. Un haut-parleur avait été disposé sur place pour permettre de lire un petit discours à la mémoire et en l'honneur du défunt, mais aussi, à défaut de fanfare militaire, de diffuser le poignant Amazing Grace, joué à la cornemuse, suivi du God Save the Queen et de la Brabançonne. Les figurants, membres des différents clubs de reconstitution historique étaient présent dans le cimetière et, lorsque les hymnes ont retenti, ont salué militairement. Etaient également présents sur place, deux Conseillers provinciaux, des habitants d’Opprebais et des villages environnants ayant connu Georges Jaspis, des représentants des Vieilles tiges de Belgique, des associations patriotiques de Perwez et d’Incourt et du Cercle Historique de Perwez. L'ensemble de la cérémonie s'est déroulé dans un silence recueilli et empreint d'une émouvante solennité.

Le respect que les nouvelles générations peuvent accorder à leur aînés est primordial. Le souvenir du sacrifice qu'ils ont pu faire pour défendre les valeurs de notre démocratie et résister à toute forme d'oppression est, hélas, plus que jamais d'actualité. Si Georges Jaspis n'est pas mort à la guerre, il n'en a pas moins vécu avec le souvenir des combats qu'il a mené. Des souvenirs parfois douloureux, parfois lourds à porter. Cela aussi c'est une part de sacrifice. C'est dans cet esprit que nous ouvrons nos pages à Benjamin Heylen. Il nous fait l'amitié de nous transmettre le texte qu'il a lu ce jour-là sur la tombe de Georges Jaspis pour que nous puissions nous souvenir de qui il était et de ce qu'il avait fait, mais aussi pour nous rappeler l'importance de la mémoire et de la transmission de celle-ci aux plus jeunes.

Luc Dujardin

« Those who cannot remember the past are condemned to repeat it »
George Santayana, The Life of Reason, 1905.





Discours de Benjamin Heylen, dimanche 17 juillet 2016 à Opprebais


Mesdames, Messieurs, en vos titres et qualité,

Chers amis,

C’est un honneur de pouvoir vous accueillir aujourd’hui à l’occasion de notre traditionnelle cérémonie du dimanche à l’occasion de la manifestation Field Depot. Cette année, il me tenait particulièrement à cœur, ainsi qu’à certains membres de notre association qui se reconnaitront, de se réunir, ici-même, sur la tombe du pilote Georges Jaspis que j’ai eu la chance de connaître quelques années avant son grand départ en décembre 2007.

En effet cette année, nous célébrons le centième anniversaire de la naissance de Georges. Le résumé de sa carrière militaire et civile que je vais vous présenter vous en dira long sur la personne qu’il était et de la vie peu banale qu’il a vécue.

Georges Jaspis est né le 11 novembre 1916, deux ans jour pour jour avant la fin de la première guerre mondiale, dans le village d’Opprebais où nous nous trouvons en ce moment, à quelques dizaines de mètres de ce cimetière.

Passionné pour les récits de Jules Verne, l’aventure et les voyages, sa passion pour l’aviation remonte à son plus jeune âge si bien qu’à dix ans il était déjà décidé à devenir pilote. Afin de se donner toutes les chances, il entame des études d’ingénieur technicien et obtient par la suite une licence civile de pilote. A la suite de quoi il entame en 1938 une formation de pilote militaire à l’école de pilotage à Wevelgem.

Lorsque la guerre a éclaté, cela faisait un an que Georges volait, après avoir obtenu son brevet de pilote militaire. Il était alors détaché à Gossoncourt (Tirlemont) dans la 5e escadrille, 3ème groupe, 1er régiment aéronautique. Le 10 mai 1940, premier jour de la guerre, tous les avions de l’escadrille de Jaspis décollèrent. Se retrouvant face à face avec un avion allemand, il tente d’actionner les mitrailleuses mais constate que celles-ci ne fonctionnent pas. Il passe alors sous l’avion allemand, qui n’a pas tiré. A l’atterrissage, Georges est horrifié. Il constate que les les réservoirs de fluide des pompes qui commandent le tir des mitrailleuses avaient été vidées une semaine auparavant, afin d’éviter des attaques intempestives des belges.

Un peu plus tard, un avion de reconnaissance allemand passe au-dessus de la base. Georges demande pour décoller et l’abattre, mais le commandant sort son pistolet 7,65 en disant « non, on ne décolle pas, je n’ai pas reçu d’ordre ». Une demi-heure plus tard, neuf Messerschmitt détruisaient les quatorze avions camouflés sous les arbres. C’est de cette manière que la guerre commence pour Georges. Privés d’appareil, Georges récupère sa moto et roule de base en base, dans la débâcle, à la recherche d’un avion, ce qui l’amène près de Toulouse. Apprenant la capitulation belge, il rentre tant bien que mal à Opprebais à l’aide de faux laissez-passer.

La vie reprend son cours à Opprebais et Georges s’engage bénévolement au Secours d’Hiver, mais le désir de reprendre le combat et surtout de voler ne fait que de grandir en lui. Il prend alors la décision de s’enfuir en Angleterre. Il trouvera l’occasion de s’y rendre grâce à la ligne d’évasion Comète de la célèbre Andrée de Jongh. C’est ainsi qu’en traversant la France, l’Espagne et le Portugal, Georges rejoint la Grande-Bretagne le 12 avril 1942. Le 2 septembre il est admis dans les rangs de la Royal Air Force et entame une formation théorique et pratique qui se clôture le 15 mars 1943 avec un dernier vol de contrôle avec le grand patron du RAF Collège qui lui annonce qu’il a réussi toutes les épreuves. Georges quitte alors le RAF Collège avec le grade de Pilot Officer. Georges entame alors son entraînement sur Hawker Hurricane au Service Flying Training avant de passer au 55 OTU et entre le 26 juin 1943, date mémorable, au sein de l’escadrille 609 « West Riding of Yorkshire ». Il s‘y voit confié les commandes du redoutable Hawker Typhoon, un monoplace de chasse et d’appui au sol. Le premier chasseur de char de l’époque et l’appareil d’attaque au sol par excellence de l’époque. Cet avion est propulsé par un puissant moteur Napier Sabre II de 2400 CV et est équipé de quatre canons de 20mm. Il peut également emporter huit roquettes contenant chacune trente kilos de TNT qui peuvent détruire les chars allemands les plus imposants, voire même retourner une locomotive.

Titulaire de trois victoires (et demi) en vol et de la destruction de trois avions au sol, en France, Georges Jaspis, surnommé « Poupa » effectua deux tours d’opération, soit 345 sorties dont 112 sorties offensives sur cet avion mythique, tirant 460 roquettes et ayant été touché 13 fois par la Flak.

Il participa à de nombreuses campagnes pour la libération de l’Europe, on peut citer notamment les nombreuses missions « Rhubarb » et « Ranger » visant à survoler les territoires occupés et d’attaquer les cibles rencontrées, la participation à la bataille de Normandie, la poche de Falaise, la libération de la Belgique, l’opération Market Garden et la bataille de la poche de Breskens et de Walcheren.

Sa première victoire aérienne est obtenue en abattant un biplan Bücker Jungmeister à proximité du château de Versailles. Le 10 janvier 1944, il décroche la centième victoire belge depuis l’arrivée des aviateurs belges en Grande-Bretagne en abattant un Junkers Ju-88 aux environs de Melsbroek. A la suite de quoi, le 23 février 1944, une cérémonie se déroule à l’aérodrome de Hornchurch avec la présence de la BBC et du Premier Ministre Pierlot.

Le 26 février 1944, Georges Jaspis faisait partie d'une formation de quatre pilotes. Georges reçoit l'autorisation “to go to say hello to his mother !”, autrement dit d’aller dire bonjour à sa maman. Au-dessus d'Opprebais et de Sart-Risbart, il passe et repasse à vitesse réduite. Tout le village est dehors, nappes et serviettes à la main. Il reprend sa mission. Vitesse augmentée et dernier virage et il aperçoit un Junkers 88 droit devant. Le Typhoon crache une courte rafale. Le moteur droit du Ju 88 est en feu mais l'Allemand poursuit son vol. Le Typhoon le rattrape, le dépasse et le réattaque. Le Ju 88 explose et les débris s'écrasent à Nerm, près d'Hoegaerden. Il s’agit de sa troisième victoire aérienne.

De ses faits d’armes, il ne tirait aucune gloire. Comme le disait si bien Georges « Ces pauvres types volaient comme nous. Ce n’était pas l’homme qu’on tentait d’abattre, c’était l’avion, la machinerie ennemie. Il n’y avait pas vraiment de haine pour l’ennemi en tant que personne humaine. Si ceux que j’ai abattus étaient ici, on boirait des pintes ensemble ». Pour ses faits d’armes, il se verra attribuer la Distinguished Flying Cross, par sa majesté le Roi Georges VI, en date du 30 avril 1945.

Ce n’est pas sans un pincement au cœur que Georges quitte ses collègues du 609 pour devenir pilote d’avion de transport, posant les bases de sa future carrière de pilote de ligne dans le civil. Avec son passage au Transport Command, il assure de nombreuses missions de support aux troupes combattantes jusqu’à la fin de la guerre.

Pendant cinq années de guerre, Georges Jaspis fut marqué par l’ambiance de la Royal Air Force. L’esprit de corps y était particulièrement présent, une société dans laquelle tout le monde avait de l’estime pour l’autre.

Après sa démobilisation il intégra la Sabena où il poursuivit sa carrière pendant près de 33 ans, jusqu'en 1978. En février 1946, il inaugurait la liaison Bruxelles-Genève. Ne disposant pas encore de tenue de la compagnie, Jaspis avait enfilé son uniforme de la RAF ! Il fut cependant prié de ne pas quitter l'avion, mais il n'en trinqua pas moins avec le Premier ministre suisse. Durant sa carrière, il assura notamment les longs courriers outre-Atlantique. Atlantique qu’il traversa à plus de 2.400 reprises. Il répondit présent lors des événements du Congo. Le 17 juillet 1960, il ramena 303 femmes et enfants de Léopoldville. Un vol exceptionnel, car il effectua les 7.000 km d'un seul coup d'aile.

Au terme de sa carrière, on a estimé qu'il avait totalisé 27.000 heures de vol. Fameux record dont Georges ne tira aucune gloire, étant simplement heureux d'avoir rendu service tout en vivant sa passion. Après avoir passé une retraite paisible à Wastines, avec de nombreuses parties de chasse, il s’est éteint dans sa 92eme année, en décembre 2007.

Cet hommage me tenait réellement à cœur, car c’était pour moi un plaisir et une joie de pouvoir me rendre plusieurs fois par mois à son domicile afin de l’écouter raconter les histoires de cette époque, histoires qu’il me contait avec beaucoup d’émotion et d’humilité, sur un ton de confidence, surtout lorsqu’il parlait de son ami Balbo Roelandt, abattu en plein vol sous ses yeux.

Merci pour votre attention.


Benjamin HEYLEN
ASBL Musée du Souvenir 40-45




Pour aller plus loin, on lira l'excellente biographie de Georges Jaspis que l'on doit à Freddy Capron et publiée il y a une dizaine d'année par le Golden Falcon, association des anciens et amis du 1er Wing de Chasse tout temps.

CAPRON (Freddy),
Une carrière d'aviateur excepionnelle. Georges Japis, DFC.
Pilote de Typhoon au 609 Squandron de la R.A.F.
,
Beauvechain, The Golden Falcon, 2006, 106 p.


© TEXTE LUC DUJARDIN et BENJAMIN HEYLEN - PHOTOS LUC DUJARDIN
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REMERCIEMENTS A BENJAMIN HEYLEN POUR SON ACCUEIL ET POUR CE TEXTE QU'IL NOUS FAIT L'AMITIE DE PARTAGER. ALLEZ VISITER LE MUSEE DU SOUVENIR A MALEVES, IL VAUT VRAIMENT LE DETOUR !