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© TEXTE ET PHOTOS LUC DUJARDIN - AVIATION & PHOTOGRAPHIE 2018
PHOTOS ADDITIONELLES : BELGIAN AIR FORCE & OTAN




Le vendredi 16 juin 2017, le Conseil des Ministres du gouvernement belge, sur proposition du Ministre de la Défense Steven Vandeput, a acté la participation à la mission de police de l'air dans les États baltes. Quatre F-16, leurs pilotes et un détachement de soutien composé d'une cinquantaine de militaires ont été déployés du mardi 5 septembre 2017 au mercredi 10 janvier 2018 sur la base aérienne d'Ämari en Estonie. Parmi les membres du détachement belge, trois personnes ont été engagées au sein du Control and Reporting Post d’Ämari pour l’entraînement et le coaching du personnel de la défense aérienne estonienne.


Enhanced Air Policing Mission


Ce type de mission est mandatée par l'OTAN depuis 2004 pour assurer une protection de l'espace aérien des pays baltes qui venaient de rejoindre l'Alliance, puisque ceux-ci ne disposent pas des moyens aériens militaires nécessaires. Depuis lors, la base aérienne d'Ämari a été modernisée pour correspondre aux normes de l'OTAN. De nouveaux bâtiments abritant les avions en alerte ont été mis en service en 2011. Les hangars, modernes et largement dimensionnés, ont été conçus pour abriter sans problème les différents types d'avions de chasse de l'Alliance atlantique.

Depuis 2015, l'OTAN a renforcé son dispositif de surveillance de l'espace aérien à ses frontières orientales suite à la crise entre la Russie et l'Ukraine. La mission, initialement baptisée Baltic Air Policing (BAP), est désormais officiellement intitulée Enhanced Air Policing Mission (EAPM). On notera cependant que l'appellation originelle perdure dans l'usage courant et que la succession des rotations se fait toujours selon le vocable Baltic Air Policing suivi du numéro de mission.

Avec le dispositif étendu EAPM, au lieu de quatre avions déployés à tour de rôle par un pays de l'Alliance, ce sont désormais deux contingents de quatre appareils envoyés par deux des pays partenaires qui sont relevés tous les quatre mois. Cela permet d'avoir sur place davantage de moyens aériens, terrestres et maritimes. Cela implique évidemment un état de préparation des forces supérieur, de même que cela demande de efforts supplémentaires de la part de chacun des pays impliqués. Parmi les vingt-neuf membres de l'OTAN, dix-sept pays participent à la mission EAPM.

Il faut aussi signaler à quel point l'année 2017 a eu un caractère particulier. Pour la première fois dans l'histoire militaire belge, les trois composantes de la Défense étaient présentes en même temps dans les pays baltes. Outre les F-16 déployés par la Composante Air, la Marine avait dépêché le chasseur de mines M923 Narcis dans la baie de Riga dans le cadre de l'opération Open Spirit. Entre le dimanche 20 et le jeudi 31 août 2017, il a scruté la mer à la recherche de munitions abandonnées au cours des deux conflits mondiaux. Et le bilan de cette mission est positif, car le Narcis a ainsi trouvé et détruit quatre mines russes datant de la Première Guerre mondiale. La Composante Terre était quant à elle présente en Lituanie depuis le vendredi 27 janvier 2017 dans le cadre de l'Enhanced Forward Presence (EFP) de l'OTAN. Le détachement belge, composé d'une centaine de militaires, travaillait en Lituanie sous commandement allemand où il assurait principalement des missions de support logistique au profit des forces de l'OTAN dans la région. En 2015 et 2016, la Composante Terre avait pris part à l'important exercice international Baltic Piranha.


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Mardi 5 septembre 2017 : les F-18 espagnols passent le relais aux F-16 belges à Ämari
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Pour plus d'informations sur les détachements précédents, on se réfèrera à nos articles
Enhanced Air Policing Mission 2015
et Enhanced Air Policing Mission 2016



Les F-16 belges en Estonie


Ce déploiement constitue la septième participation de la Belgique à la mission de police de l'air dans les États baltes (Baltic Air Policing 45). Depuis 2015, c'est déjà la quatrième fois que des F-16 belges sont envoyés pour patrouiller dans le ciel balte. Notons également que les F-16 et équipages belges était déjà actifs dès 2004, lors de la toute première rotation BAP 01 à partir de la base aérienne de Siauliai en Lituanie.

Succédant à un détachement de EF-18 Hornet espagnols de l'Ala 15 venus de Saragosse, c'est la seconde fois qu'un contingent belge est déployé à Ämari. Les F-16 belges y étaient déjà présents de janvier à avril 2016. Cette fois-ci, les avions belges ont été déployés à Ämari en même temps que sept F-15C Eagle du 493rd Expeditionary Fighter Squadron de l'U.S. Air Force, ordinairement basés à Lakenheath, au Royaume-Uni et déployés à Siauliai en Litunanie. L'ensemble des deux détachements est placé sous commandement américain.

Dès le début de leur séjour en Estonie, les chasseurs belges ont été confrontés à une ambiance assez particulière. En effet, non seulement les incursions des avions militaires russes sont plus fréquentes dans les cieux de la mer Baltique depuis 2014, mais cette fois, la présence des avions belges coïncide avec l'exercice Zapad 2017. Il s'agit de manœuvres de grande envergure conduites conjointement par la Russie et la Bielorussie à proximité immédiate des frontières de l'Union européenne et de l'OTAN. Basé sur un scénario de crise majeure, l'exercice, qui s'est déroulé du 14 au 20 septembre, devait rassembler des moyens importants. Il était initialement question de 12.700 militaires russes et biélorusses, mais on estime que ce nombre a été largement dépassé. Le Général Ben Hodges, commandant des forces terrestres américaines en Europe évaluait l'effectif de ces manœuvres à 40.000 hommes. Mais d'autre sources ont parlé de 70.000 hommes, chiffre relayé par le Général tchèque Petr Pavel, président du comité militaire de l’OTAN. Normalement, lors de tels exercices militaires, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) impose l’invitation d’observateurs étrangers dès qu'on dépasse un effectif de 13.000 hommes, cela à des fins de transparence et de confiance mutuelle entre les États. On comprend que l'importance de Zapad a inquiété l'Union européenne d'autant que les forces déployées n'avaient finalement aucune mesure avec le scénario de réaction anti-terroriste qui avait été annoncé. La Pologne et les États baltes y voyaient à tout le moins de la provocation sinon une attitude hostile. Et pour cause : la Russie a déployé pas moins de dix navires, six cents quatre-vingt véhicules militaires dont deux cents cinquante chars de combat, ainsi que septante avions et hélicoptères. Des unités ont été activées tout le long des frontières occidentales de la Russie, du grand Nord jusqu'à la mer Noire. Zapad 2017 a constitué un entraînement grandeur nature à tous les niveaux, que ce soit tactique ou stratégique, conventionnel ou nucléaire.

Dans le ciel balte, il fallait donc être vigilant et répondre de manière cohérente à toute violation de l'espace aérien de l'Alliance atlantique. Dans la région, les avions russes voyagent principalement entre l'enclave de Kaliningrad et Saint-Petersbourg. Mais les incursions d'avions militaires russes sont régulières et peuvent être de toute nature, qu'il s'agisse d'avions de combat, de transport, de patrouille maritime ou de renseignement électronique. Ces avions se déroutent en coupant leur transpondeur, ou bien évoluent dans l'espace aérien international sans avoir déposé de plan de vol et sans répondre aux injonctions des contrôleurs aériens. Il faut donc faire décoller des chasseurs de l'OTAN pour les identifier visuellement, s'assurer de leurs intentions, leur apporter de l'aide si nécessaire et leur faire respecter l'espace aérien et la souveraineté des pays baltes. Les pilotes embarquent d'ailleurs souvent un appareil photo ou une caméra GoPro pour photographier ou filmer les appareils interceptés.

Pour effectuer la mission, la Belgique a donc envoyé sur la base d'Ämari quatre Lockheed Martin F-16 AM (FA-107, FA-117, FA-121 et FA-127). Des missions comme l'EAPM sont accessibles aux pilotes de F-16 qualifiés Basic Combat Ready, mais ce n'est qu'avec la qualification complète Combat Ready qu'ils pourront être envoyés sur des théâtres d'opérations extérieurs (Syrie, Irak) dans un contexte international plus complexe où les missions à remplir peuvent être de toute nature, entre la défense aérienne et l'appui rapproché de troupes au sol, de jour comme de nuit. A Ämari, Les F-16 étaient accompagnés de quatre pilotes, cinq contrôleurs aériens, six pompiers et trente-cinq techniciens. La mission des F-16 est purement défensive, mais pour mener à bien les interceptions, les avions sont armés de missiles air-air et du plein d'obus. Leur configuration standard comprend deux AIM-9M à courte portée et guidage infrarouge et deux AIM-120B AMRAAM à moyenne portée et guidage radar. En outre, le canon interne M61A Vulcan est approvisionné par 500 obus M70 de 20 mm. A cela s'ajoutent deux réservoirs supplémentaires de 1.400 litres sous les ailes. Ainsi armés, ils sont capables de faire face à toute éventualité avec une autonomie d'environ une heure et demie. Dans le cockpit, les pilotes belges sont équipés depuis février 2009 du casque JHMCS (Joint Helmet Mounted Cueing System). Les paramètres de vol et du système d’armes sont projeté sur la visière, directement devant les yeux du pilote et permet au pilote de désigner et verrouiller ses cibles là où il porte le regard, sans pour autant avoir besoin de diriger l’avion dans cette direction. L’affichage sur la visière du JHMCS intègre également les éléments tactiques de la Liaison 16 (réseau sécurisé OTAN pour l’échange de données tactiques entre les avions). Pour les vols de nuit, les pilotes belges sont équipés de jumelles de vision nocturne (JVN) qui amplifient fortement la moindre lumière résiduelle et permettent de voir dans l'obscurité, mais sous une dominante de couleur verte.

Tous ces moyens mis en œuvre permettent de réagir promptement et à tout moment. D'ailleurs la première interception des F-16 a eu lieu le soir-même du 5 septembre, soit quelques heures à peine après la cérémonie de transfert de commandement. Le CAOC d'Uedem a donné l'ordre de décollage après qu'aient été détectés les échos radars renvoyés par deux jets en provenance de Kaliningrad et remontant vers le nord. Bien qu'ils évoluent dans l'espace aérien international, les deux appareils n'avaient pas indiqué leur identité ni pris contact avec le contrôle aérien civil. Ils s'agissait de deux Sukhoi 27 des forces aériennes russes qui se portaient au devant d'un avion cargo Iliouchine 76 avant de le raccompagner vers Kaliningrad.

Des pilotes nous ont décrit leur déploiement en Estonie.
Découvrez leurs témoignages dans notre article
EAPM 2017 FROM THE COCKPIT



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Visites officielles des autorités civiles et militaires de l'OTAN en Estonie



Belgique, Estonie, OTAN


Durant les quatre mois de présence belge en Estonie, les relations diplomatiques entre l'Alliance atlantique et le pays hôte ont été marquées par des visites d'importance. Les nations membres sont en permanence en contact et s'entretiennent régulièrement des évolutions de la politique internationale et de ses répercussions sur les politiques de défense. Les jeudi 6 et vendredi 7 septembre 2017, le Norvégien Jens Stoltenberg, secrétaire général de l'OTAN, était en visite en Estonie. Il y a rencontré le premier ministre Juri Ratas, le ministre des Affaires étrangères Sven Mikser, le ministre de la Défense Juri Luik et a visité un centre d'entraînement militaire près de Tapa. Il a également participé à une rencontre informelle des ministres de la Défense de l'Union européenne dans la capitale Tallin. Le mardi 12 septembre 2017, le commandant du Deployable Air Command and Control Centre (DACCC) en la personne du Général-major néerlandais Dré Kraak a rencontré à Tallin des personnalités civiles et militaires estoniennes au cours d'une réunion consacrée à l'engagement de l'OTAN auprès des pays baltes et de la Pologne. Le vendredi 23 novembre 2017, c'était au tour de Kersti Kaljulaid, la présidente estonienne, de se rendre au quartier général de l'OTAN à Bruxelles. Enfin, le jeudi 13 décembre 2017, le Général Petr Pavel, président du Comité militaire de l'OTAN était en visite officielle en Estonie. Il y a été reçu par le Général Riho Terras, chef de la Défense estonienne et le Colonel Urmas Nigul, commandant l'unité d'intégration des forces de l'OTAN en Estonie. Il a également assisté à une réunion avec le ministre estonien de la Défense, une autre avec la présidente estonienne. Le Général Pavel a aussi visité le NATO Cooperative Cyber Defence Centre of Excellence à Tallin et le Baltic Defence College de Tartu.

Le détachement belge lui-même a également reçu des visiteurs. Ainsi, le mercredi 19 septembre le Britannique General Sir James Everard, Deputy Supreme Allied Commander Europe (DSACEUR) est venu, accompagné par le Général Riho Terras, chef de la Défense estonienne. Le Premier ministre Charles Michel s'est lui aussi rendu sur la base aérienne d'Ämari le vendredi 28 septembre. Étaient présents à ses côtés son chef de cabinet et son conseiller militaire et également Carl Peeters, ambassadeur de Belgique en Finlande, ainsi que François Roux, représentant permanent de la Belgique auprès de l'Union européenne.

Le mardi 21 novembre 2017, un Embraer ERJ-145 de la 21e escadrille se posait sur la piste d'Ämari avec à son bord le Général-major Frederik Vansina. Le commandant la Composante air belge a mis en évidence l'importance du travail effectué sur place, rappelant que l'intervention militaire récente de la Belgique au Moyen-Orient contre Daesh visait à protéger le pays d'attaques directes. De même, il a souligné que la participation à la défense de l'espace aérien balte contribue à montrer une détermination forte pour une défense collective, renforcée et crédible pour protéger à la fois l'espace aérien national, mais aussi celui de nos alliés de l'OTAN. Le 6 décembre, le détachement a bien évidemment reçu la visite du grand Saint Nicolas venu réconforter les militaires belges. Le 15 décembre, c'était au tour de Steven Vandeput, Ministre de la Défense et du Général Marc Compernol, chef de la Défense belge, de se rendre à Ämari pour saluer et féliciter les pilotes et techniciens présents sur place.

Lors du détachement à Ämari, les pilote belges ont effectué vingt-six interceptions réelles d’avions non identifiés (Alpha Scramble). En raison de l'exercice Zapad, onze d'entre elle ont été réalisées durant le seul mois de septembre. Lors de la visite du Général Vansina, les pilotes belges avaient déjà interceptés des avions russes très variés (un Su-24, seize Su-27, un Su-30, un Su-34, quatre Su-35, dix Tu-22M, un Tu-134, un Il-18, un Il-20, un Il-22, trois Il-76, An-12, deux An-26 et un An-72). D'autres vols ont été consacrés à des interceptions factices à titre d'entraînement (Tango Scramble). Au cours du détachement, les F-16 belges ont volé au total plus de 340 heures au cours de 224 sorties.

De leur côté, sur la base aérienne de Siauliai, en Lituanie, les F-15C américains ont effectué durant la même période trente interceptions au cours de 300 heures de vol réparties en 170 sorties. Mais si on considère aussi les vols de routine destinés à maintenir les capacités des pilotes, le 493rd EFS totalise plus de 560 heures de vol et 270 sorties d'entraînement. Les pilotes américains ont remis le flambeau à leurs homologues norvégiens le lundi 8 janvier 2018.

Le mercredi 10 janvier 2018, la cérémonie officielle de remise de commandement a eu lieu en présence de la Présidente de l'Estonie Kersti Kaljulaid, et d'une délégation belge parmi laquelle le Général de brigade Claude Antoine et le Général-major Thierry Dupont, commandant le CAOC d'Uedem. Tous deux ont félicité le travail réalisé par les membres du détachement belge, composé des pilotes, mais aussi de nombreux techniciens avions. Ils ont également reçu une médaille, décernée à chacun par le Général Riho Terras, commandant des forces armées estoniennes. Le même jour, vers quatorze heures, les pilotes belges décollaient pour la dernière fois de la piste d'Ämari et ont mis le cap vers la Belgique. Ce sont quatre Eurofighter Typhoon italiens du 36° Stormo de Gioia del Colle qui ont succédé aux F-16 belges pour veiller sur les cieux des États baltes.

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Janvier 2018 : les Italiens relèvent les Belges à Ämari tandis que les Norvégiens relayent les Américains à Siauliai
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Police du ciel et QRA


Au sein de l'OTAN, les missions de police du ciel sont placées sous la responsabilité du Supreme Allied Commander Europe (SACEUR) dont les bureaux sont situés en Belgique à Casteau, près de Mons. Cet officier dirige le Commandement allié Opérations (ACO) et est responsable de la conduite de l’ensemble des opérations militaires de l’Alliance atlantique devant le Comité militaire de l’OTAN. Ce poste est actuellement occupé par le général américain Curtis M. Scaparrotti. Le contrôle aérien militaire au-dessus de l'Estonie, de la Lettonie et de la Lituanie est effectué depuis le Combined Air Operations Centre (CAOC) d'Uedem, au sud-est de Clèves, dans la partie nord-ouest de l'Allemagne. Depuis une importante restructuration des moyens de l'OTAN en 2013, c'est un des deux centre combinés d'opérations aériennes de ce type. Le second est situé à Torrejon, au nord de Madrid en Espagne. Commandé en alternance par l'Allemagne et la Belgique, c'est le Général-major Thierry Dupont qui assure depuis le 1er juillet 2016 le commandement du CAOC d'Uedem. Ancien pilote de F-16 avec plus de 2500 heures de vol, il avait précédemment commandé la base aérienne de Florennes entre d'octobre 2013 et juin 2016. Cent quatre-vingt cinq militaires issus de dix-huit pays différents travaillent à Uedem. Le CAOC abrite également un détachement de l'Agence OTAN de communications et d'information (NCIA). La mission principale du CAOC est la prise en charge vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept de la police du ciel pour tout les territoires situés au nord des Alpes. Il collabore étroitement avec les centres de contrôle aériens nationaux et coordonne en temps de paix les opérations de police du ciel, y compris pour les États baltes. Il est également impliqué lorsqu'il s'agit d'organiser avec les pays concernés une bulle de protection dans l'espace aérien lors d'événements importants comme des sommets de chefs d'États ou des compétions sportives internationales.

Sur le terrain, les pilotes assurent une permanence opérationnelle. Il s'agit de la mission de Quick Reaction Alert (QRA). A la tête du dispositif, il y a un DetCO (chef de détachement) qui restera deux mois sur place. Le détachement est composé d'une cinquantaine de personnes avec des fonctions très variées, car il faut du personnel de support, de la maintenance, un contrôleur tactique. Les quatre pilotes sont répartis en deux équipes de deux pilotes qui alternent les gardes de QRA toutes les vingt-quatre heures, selon le même schéma opérationnel qu'en Belgique. Les F-16 sont stationnés armés et doivent pouvoir décoller rapidement pour intercepter tout appareil qui ne respecterait pas les règles internationales de la circulation aérienne. Les avions fautifs sont parfois de paisibles avions de ligne transportant des passagers et rencontrant des problèmes. Tout comportement anormal peut générer un danger pour les autres appareils en vol dans la même région. Il ne faut rien exclure. Ce peut être le signe d'un détournement, d'une action aérienne terroriste ou d'une incursion militaire (y compris le renseignement électronique). Le risque le plus évident est celui d'une collision aérienne. Toutes les menaces potentielles sont à prendre en compte. Ainsi, chaque fois qu'un comportement suspect est repéré ou qu'avion non identifié entre dans la zone contrôlée, le CAOC et la chaîne de commandement OTAN se met en branle et ordonne le décollage du QRA. Les pilotes doivent donc pouvoir décoller de jour comme de nuit dans un délai de quinze minutes. Dans la pratique c'est souvent moins, car les avions affectés à la mission de QRA sont généralement parqués non loin de la piste et les pilotes, déjà équipés, assurent une permanence dans un bâtiment situé à proximité des avions.

En Belgique, le QRA est assuré alternativement par les bases de Florennes et Kleine-Brogel. Depuis le 1er janvier 2017, suite à des accords entre les Pays-Bas et la Belgique et dans le cadre de l'OTAN, la surveillance de l'espace aérien du Benelux est désormais assurée conjointement par les deux pays. Les F-16 hollandais décollent pour le QRA depuis les bases de Leeuwaarden et Volkel. C'est également en alternance et pour une période de quatre mois que les deux pays veillent sur l'espace aérien. Les centres de contrôle aérien militaires Control and Reporting Centers (CRC) de Nieuw Millingen, près d'Apeldoorn au centre des Pays-Bas et celui de Glons, dans la province de Liège en Belgique, travaillent en étroite collaboration avec le CAOC d'Uedem pour assurer le QRA dans le ciel du Benelux.

Les pilotes belges ont de nombreuses qualifications à maintenir, puisqu'il s'agit de travailler sur F-16 qui, rappelons-le, est un avion multi-rôle. Les pilotes se doivent donc d'être opérationnels tant au niveau air-air que air-sol. Ils mettent en pratique des scénarios très diversifiés au cours de leurs vols quotidiens au-dessus du territoire national. Fréquemment, les sorties se font à quatre contre quatre où un groupe joue le rôle des agresseurs (Red Air), tandis que les autres (Blue Air) doit les intercepter et défendre l'espace aérien contre leur intrusion.

Récemment encore, la presse a fait écho de l'intervention de deux F-16 de Florennes qui, le lundi 15 janvier 2018, ont décollé dans le cadre du QRA pour intercepter deux bombardier russes Tupolev 160 Blackjack au-dessus de la mer du Nord. Les pilotes belges avaient reçu l'ordre d'intervenir du CAOC d'Uedem. Ils ont décollé à 11h21 et, trente minutes plus tard, au large des Pays-Bas, ils établissaient le contact visuel avec les bombardiers russes. Venus du nord en longeant la Norvège et le Danemark, les deux Tu-160 croisaient à neuf mille mètres d'altitude. Les F-16 belges ont escorté les avions russes jusqu'à ce que le relais de l'interception soit pris en charge, à une cinquantaine de kilomètres de l'espace aérien britannique, par une patrouille d'Eurofighter Typhoon de la RAF qui avaient décollé de Lossiemouth, en Ecosse. Ce dernier exemple, ainsi que la description que nous venons de faire de la mission EAPM, illustrent bien le fonctionnement du QRA et montre toute l'utilité d'un tel dispositif, même en temps de paix. Cela montre aussi le haut degré de professionnalisme et la grande implication du personnel de la Composante Air belge dans l'exécution de ses missions, tant en Belgique qu'à l'étranger.

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